27.09.2011

Les doigts bleus de la pluie ...Jean Anglade .

                             Pas facile de résumer un livre aussi dense et imprévisible jusqu'à la dernière phrase .

      

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                        " Nous ne vieillirons pas ensemble .

                         Voici le jour

                         En trop:le temps déborde.

                         Mon amour si léger prend le poids

                         d'un supplice." Paul Eluard

Aline habitait une maison bleue, au centre de Beauregard .

"Aline restait de longues heures au balcon, un livre sur les genoux, les yeux moins tournés vers les pages que vers l'horizon occidental comme si elle attendait que parût on ne sait quelle caravelle sur ces vagues figées ." "Surtout, ne la dérange pas" disait sa mère "Elle rêve de son amoureux." 

Grégory, c'était ce nom qu'elle écrivait partout sur ses cahiers ..." On l'avait préparée pour qu'elle fût le meilleur parti du monde, bonne cuisinière et pâtissière, brillante en matière de confitures, bonne couturière et brodeuse, bonne pianiste, déjà presque licenciée ès lettres à la faculté de Clermont ."

Justement, elle se relevait mal de cette licence, le médecin lui conseilla l'air atlantique et ce fut à Saint-Nazaire , sous la pluie battante de ses tristes vacances, qu'elle rencontra Denys, fils aîné d'une famille de colons gréco-tunisiens . Il lui parlait de soleil, d'orangeraies, de parfums de jasmin et d'épices, d'un éternel été, elle se laissa séduire : "Vous vivrez comme une reine" lui disait il ... Elle accepta sans trop réfléchir la demande en mariage de Denys, et sa mère comprit que Grégory était un amoureux imaginaire .

La pauvre Aline déchanta bien vite en arrivant sur les rives de l'Oued Nebhana, en Tunisie, à Nejmit Illéh (L'étoile de Dieu) , nom de la demeure des colons . Elle comprit que son mari avait en fait besoin d'une fille robuste et maléable pour tenir sa maison, lui assurer une descendance et commander aux employés .

Elle lui donna trois enfants, passait ses journées à travailler et ses nuits à pleurer, n'ayant pour seul ami et confident que Khoda, un gardien qu'elle allait retrouvait la nuit pour raconter ses peines . Il l'appelait Lallah (princesse) . "De quel pays viens tu ?" lui demandais Khoda :" D'un pays dont tu n'as jamais entendu le nom, personne dans le monde ne le connaît, parce qu'il est petit, et pauvre, et sans importance . Il s'appelle l'Auvergne ."

1954, il y a la guerre en Tunisie, et alors qu'ils essayaient de s'enfuir avec leurs trésor, son mari et 3 autres membres de sa famille sont assassinés .

Aline, avec ses trois enfants fait le voyage dans l'autre sens, et revient chez ses parents qui trouvent qu'elle n'a pas trop de chagrin après ce drame ...

Elle retrouva ses bonheurs de jeune fille, initia ses enfants aux travaux des champs et de la ferme, mais les années passaient, ses parents vieillissaient, elle ne voulait plus être une charge pour eux ...C'est alors qu'elle va rencontrer Théodore, qui restaure une maison de campagne à Beauregard .

Théodore, huissier-audencier, capacitaire en droit, attaché à la cour d'appel" ...Tout un programme, et sa signature était redoutée dans la judicature riomoise . Ce Théodore cherchait une " belle et silencieuse", une "servante du seigneur", et Aline était la proie toute trouvée . 

Servante, elle le fut sitôt remariée et arrivée dans cette sombre demeure de la rue Saint-Louis, à Riom, et les nuits de larmes et d'insomnies redoublèrent .

Elle se résigne, avec un sens du devoir aveugle et exemplaire ...Jusqu'au jour :" Rien ne l'oblige donc à s'arrêter ce dimanche de juillet, au sortir de la messe, près de l'étal qu'entoure une foule de curieux, de badabès, de ces gens qu'on verrait le bec ouvert autour du premier chien qui n'est pas de la paroisse ." C'est là qu'elle aborde Edmond Leblé, ciseleur sur cuir, maroquinier, hongroyeur, homme de lettres lauréats de nombreux prix et président des SDN (Société de défense de la nature) à laquelle Aline adhère immédiatement .

C'est là que tout commence, après la visite de l'atelier d'Edmond, une abondante correspondance, par la poste restante d'une amie pharmacienne d'Aline, est échangée , on va des sentiments respectueux qui agacent prodigieusement Edmond, aux sentiments très amicaux, en passant par les amitiés écologiques...Jusqu'au jour du premier rendez vous, dans un café de Mozac, près de l'abbaye , rendez vous suivi de beaucoup d'autres ...

Et alors ? Et alors, je vais pas tout vous raconter quand même, et puis ...Et puis, il y a des choses qui se passent dans le confessionnal de l'église Saint- Amable de Riom, sous l'oeil céleste de la vierge à l'enfant, que mon éducation religieuse( mais si!), m'interdit de rapporter ici ...Il faut le lire pour le croire !

Une sublime histoire d'amour, tour à tour merveilleuse et douloureuse, qui arrive alors qu'on attend plus rien de la vie . Ecrire un premier roman d'amour de cette intensité à bientôt 97 ans, chapeau, cher Jean, tu n'as pas fini de nous étonner, de nous émerveiller !

 

Danièle 

PS: juste au moment où je termine ce résumé, on me dit que mon livre est arrivé au centre culturel de Leclerc, c'est "Sanguines" de Philippe Meyer, croquis politiques, et j'ai en attente "Du temps qu'on existait" de Marien Defalvard et "Brassens, homme libre" de Jacques Vassal , à suivre ...

 

 

 


13.09.2011

Un silence de clairière . David Thomas .

Adrien, 42 ans, est un écrivain en panne , en pleine déprime, songeant à l'avenir avec angoisse . Son malaise se traduit par un comportement bizarre, comme un rasage intégral du corps, l'immersion totale dans une piscine, ou des siestes tarifiées chez un psy, avec des rêves étranges .

Evidemment, ses relations familiales en souffrent :" Je n'écrivais plus et je ne baisais plus . Parce que je pensais à autre chose . Je me demandais où pouvait être mon frêre." Ce frêre compagnon de son enfance, de son adolescence , qui était parti trop tôt, son frêre voyageur, amoureux de la nature, avec un besoin animal de liberté et d'indépendance, qui lui avait dit un jour:"L'homme libre est celui qui connait la forêt", alors qu'Adrien était un homme des villes, attaché à son confort et au bourdonnement rassurant de la modernité :"Je suis un homme des villes . J'ai besoin de sols plats, d'électricité, de chauffage, de robinet d'eau chaude, d'ascenseurs, de taxis et de fours à micro-ondes . J'aime l'ingéniosité des télécommandes et la douceur des tickets de métro ."

Pourtant, sentant que sa santé mentale, et sa survie même en dépendent, il ne peut résister à la nécessité de retrouver son frêre . Après de nombreuses péripéties, ses recherches le mènent dans la clairière d'une forêt suèdoise, c'est là qu'il est persuadé d'être au plus près de son frêre ..." Mais peut on jamais atteindre ceux qui vous manquent ?" 

Pour finir, et ne pouvant dire mieux, je recopie simplement cette phrase de l'éditeur (Albin Michel) : " Un premier roman incisif, parfois ironique et terriblement juste ."

Quittant une aventure pour une autre, je pourrai parler bientôt du dernier livre de Jean Anglade, qui est aussi son premier roman d'amour:" Les doigts bleus de la pluie" ...Tout un programme ...

Danièle .

07.09.2011

Une vie en rouge et bleu .

J'ai lu...51E28gQKqRL__SL500_AA300_.jpgUne vie en rouge et bleu de Jean Anglade .

Régis Féraz fut l'avant dernier de nos poilus , le dernier étant Télémaque Pappalardo, né italien en 1887 .

Ancien éclusier à Clos du May sur le canal lattéral de la Loire, il fut bourbonnais d'adoption , étant d'origine savoyarde . Depuis son père qui avait combattu dans les armées de Napoléon, jusqu'à sa petite fille Léone qui raconte cette histoire, nous voyons défiler 4 guerres, un siècle d'horreurs qu'on appelait "La belle époque", un siècle meurtri par la folie des hommes . Et quand un journaliste du Progrès de Lyon vient rencontrer Régis Féraz pour lui poser des questions sur sa vie, il trouve un homme muet, qui ne veut plus entendre parler de guerres . On comprendra, au fil de l'histoire, les souvenirs indicibles de ce poilu, durant la terrible guerre de 14/18 , avec son lot d'horreurs, d'inhumanité . C'est donc Léone, sa petite fille, née en Algérie( la quatrième guerre), où elle a vu ses parents égorgés, Léone arrivée petite fille à Clos-sur-May, élevée par ses grands-parents, qui a glané tout au long de sa vie, les souvenirs de ce grand-père . Né le 16 juin 1889, il est mort le 4 août 1998 ...En tombant d'une échelle, il cueillait des reines-claudes ! "Il n'est donc pas mort pour la patrie comme tant d'autres . Il est mort pour des prunes . Comme tant d'autres ." On reconnait ici l'humour toujours présent de Jean Anglade .  Un roman fort , passionnant, avec des passages très durs, mais toujours empreint de cette "tendre ironie" qui rend les romans d'Anglade si captivants .

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01.09.2011

"La patience des buffles sous la pluie." David Thomas

 La Patience des buffles sous la pluie dans le Livre de poche . David Thomas .

"Danièle, je crois que tu vas aimer." m'a dit Valérie en me passant le livre qu'elle venait d'achever .

"Je me demande parfois ce que je serais devenu si j'avais vécu d'autres choses que celles que j'ai vécues, jusqu'à aujourd'hui . Où en serais-je si je n'avais pas entrepris ce long voyage au Laos à vingt ans . Verrais-je la vie de la même façon si j'avais été luthier plutôt que cadre et habité un autre quartier ou une autre ville qu'ici ? Aurais-je le même jugement si je n'avais pas aimé cette femme et si nous avions divorcé ?" 

Des amours, des déceptions, du sexe, mélés à des souvenirs ...C'est comme ça, c'est la vie d'un type banal, comme tout le monde, et quand il sent venir l'orage, pour se rassurer et parce qu'il refuse de se battre inutilement contre ce qui le dépasse, "il songe à ces buffles dans ces plaines africaines qui, lorsque l'orage s'abat sur la savane, se maintiennent solidement sur leurs quatre pattes, baissent la tête et attendent, immobiles, que cesse la pluie ."

C'est infiniment léger, précis, sentiments écorchés, destins désaxés qui apparaissent sous nos yeux "avec cette douceur réaliste des polaroïds" . 73 nouvelles, brèves du quotidien, "slip", "Cheyenne", "envie", "16 224 minutes", "Zigouillé tout le monde", etc ...

Un court exemple : "Projection 

Je me peux pas m'empêcher, au premier regard je projette . Aux premiers mots, je projette . Au premier coup de fil, je projette . Au premier rendez-vous, je projette . Au premier baiser, je projette . A la première nuit, je projette . J'envoie toujours le plus loin possible ce qui m'arrive . Comme pour me préserver, comme pour m'assurer que je vais vivre tant de temps tranquille, à l'abris, protégée, préservée de l'ennui, de moi-même et de cet emmerdement chronique qui me vibre dessus comme une onde . Parce que ça sert à ça, l'amour, à m'oublier, à ne plus m'écouter, à ne plus me demander ce que je fous là à poursuivre une vie que j'ai un mal de chien à supporter toute seule . ça sert à me remplir de quelqu'un d'autre que moi-même, ça sert à me reposer de moi-même, l'amour."

Ce livre a reçu le prix de la découverte 2009, et le dernier livre de David Thomas :" Un silence de clairière" chez Albin Michel a reçu le prix Orange 2011 .

Oui, j'ai aimé ...Et je vais m'empresser de découvrir " Un silence de clairière." 

Danièle 

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